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Saphariel... Autopsy d'un crime parfait

Il peut y avoir au tournant, une nouvelle route ou une porte secrète (JRR Tolkien).

Saphariel

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Dans la Vallée de l'Oubli

 

 

 

Dans la Vallée de l’Oubli

 

Il était déjà tard. Très tard.

 

La Vie avait depuis longtemps fait tinter ses douze coups.  

J’errai depuis un temps immémorial sur le sentier mélancolique de l’Oubli. A l’ombre d’un croissant de lune.

 

Quand soudain, je croisai un regard gris bleu comme de l’acier. Un regard venu d’outre tombe. Là, à l’ombre d’un arbre millénaire si gigantesque que le ciel, en sa totalité, y était engloutit ; se tenait assis sur un banc séculaire aux couleurs de l’automne, l’apparition la plus énigmatique qui soit.

Un vieillard…

Un vieillard qui semblait porter le poids du monde sur ses épaules.

Un vieillard qui me fixait.

J’eus le sentiment insensé d’être en retard à un rendez-vous.

 

Il détourna son regard vide (où était-ce moi ?), comme si ma vue lui brûlait les yeux. Et tout en courbant la tête sous le poids de sa somptueuse chevelure hivernale, qui sous le vent froid de la nuit masquait son visage, il ne dit mot. Malgré moi, je continuai mon observation.

 

Ses cheveux étaient d’une longueur incroyable.  

Avais-je une hallucination ?

Toujours est-il que leurs pointes se muaient en branches noueuses, puis disparaissaient dans les entrailles du monde. Chevelure tortueuse, du crâne à la terre.

Il semblait être là depuis la nuit des temps. Prisonnier de ses cheveux-racines, sans aucune liberté de mouvement. 

 

Je n’en croyais pas mes yeux, mais je n’étais pas au bout de mes surprises.

 

Sous l’épaisse chevelure, nos regards se croisèrent à nouveau… un sentiment de familiarité m‘envahi. D’où venait-il ? Je frissonnais mal à l’aise. L’atmosphère était lourde de violence contenue, pas une âme à qui me raccrocher.

Pourquoi suis-je ici ?

Je fus saisie d’une envie de fuir cet endroit sombre qui m‘anesthésiait lentement.

 

Mes jambes ! Qu’ont-elles ?

Mon corps ! Pourquoi rien ne suit ?

(Existe-t-il plus grande frayeur que de n’être plus aux commandes de soi ?)

 

Je me foutais de tout. Cela faisait si longtemps que la mort avait pris mon âme. La vie se passait en dehors de moi.

Oh ! Bien sûr, je n’étais pas à dix pieds sous terre. Je me tenais là, dans les limbes, à l’abri des vivants; un pied dans la tombe, l’autre dans le vide. J’attendais.

Mais quoi ? Quelque chose ou peut-être quelqu’un. Une main tendue…

Enfin bref !

 J’invitais la Dame du néant à me prendre dans ses bras, mais…

 

Dans le même temps, ma fascination pour cette énigmatique… créature (où ai-je déjà vu ce regard ?) était plus forte que tous mes états d’âme. Je brûlais d’envie d’en savoir plus. Un sentiment d’urgence me tenaillait. Ma vie semblait en dépendre (il faut croire que l’instinct de survie est le plus fort).

 

Je m’approchai du banc. J’osai m’y asseoir. Mais, avant que je ne puisse percevoir un seul de ses traits, il détourna de nouveau les yeux. De sorte que seule son étrange chevelure neigeuse s’offrit à mon observation.

 

Je me demandais qui il était… - Je suis ce que tu veux.

Je me demandais ce qu’il faisait ici et depuis combien de temps il s’y trouvait… - Il me répondit qu’il n’en savait rien.

Où étions-nous, il n’en savait… quand tout coup et à ma plus grande surprise (ou était-ce à ma plus grande frayeur) je me rendis compte que je n’avais pas ouvert la bouche.

Il lisait en mes pensées.

 

A nouveau l’envie de fuir, à nouveau rien ne suit.

 

Avec une lenteur savamment calculée, il tourna son visage vers moi. Ma stupeur fût à son comble (enfin, c’est ce que je croyais sur l’instant). Mes jambes, mon cœur, ma raison et tous mes repères s’écroulèrent. Plus rien n’existait autour et en moi.  Tout me criait d’éviter la confrontation.

Pour une raison qui m’était inaccessible à ce moment-là, je ne pouvais pas m’y soustraire.

 

Je restai.

 

Il était beaucoup moins vieux que je ne l’avais cru au premier abord. Il m’est très difficile de décrire ce que j’avais sous les yeux.

 

La silhouette que j’avais prise pour un vieillard au dos courbé par le poids du monde était en fait… un petit garçon. Son âge ? Une antédiluvienne jeunesse, comme le prouvait sa longue crinière grisonnante que la terre avalait. Le temps s’écoulait autour de lui, mais lui avait cessé sa croissance. Il avait vieilli sans grandir. Je sentais confusément un lointain drame obscur, un secret enseveli sous un épais corps tombal.

 

Mais revenons à son apparence...

 

Son regard oscillait entre la tristesse et une profonde et antique mélancolie d’où l’on revenait rarement indemne. La rouille à la bordure de ses yeux offrait un contraste effrayant avec sa peau laiteuse.

Ciel ! Mon cœur se tordait. Je souffrais de me nourrir de ce spectacle inouï. C’était comme si sa douleur vivait en moi. Je la ressentais dans chacun de mes battements de cœur. Dans chaque parcelle de mon corps. C‘était insoutenable.

 

Mais je vous l’ai dit, je n’étais pas au bout de mes surprises…

 

J’en viens au plus douloureux. Son nez était quasi inexistant et sa bouche… sa bouche s’était atrophiée. Ses lèvres s’étaient soudées par manque d’expression, remplacées par un rictus qui sciait mal à un visage enfantin. Ses bras et ses jambes, le long de son corps, étaient inertes. Tout aussi atrophiés.

 

En fait, il ne faisait plus qu’un avec le banc où il se trouvait. Sa vie se résumait au tombeau végétal où il se trouvait.

Et toujours sans mots dire je lui demandais :

 

- Qui êtes-vous ?

- Tu connais la réponse.

 

J’étais sidérée…

Toujours cette envie de fuir, ne pas voir, ne pas savoir…

 

- Qui vous maltraite de la sorte…

- Au fond de toi tu sais qui est mon cerbère.

- Je… je… que fais-je ici ? Laissez-moi partir !

- Je ne te retiens pas.

- Mes jambes ne…

- Elles t’appartiennent.

- Allez-vous en !

- Je ne peux pas… je suis prisonnier.

- Mais de qui ?

- Dis-le moi !

- Je vous en pris… qui êtes-vous ?

- Réfléchi… tout ceci n’est-il pas familier en ton cœur…

- …

- Dans les miroir, dans tes rêves, dans tes frayeurs, cette voix dans ton dos, cette présence démoniaque dans la nuit…

- Taisez-vous…

- Souviens-toi et  plonge tes yeux encore plus profonds…

- Mais vous êtes…

- Un garçon ?  Une façon comme une autre de te leurrer.

- Assez ! Comment est-ce possible…

- Je suis le sang de tes mots…L’épine… L’Ecorchée… Line… La Furie… autant de nom pour une seule et même personne… je suis l’encre, tu es la plume…

- Je ne peux vous croire… vous… vous…

- Je suis la mort de ta vie. Je suis né en plein jour aux yeux de tous. Tu m’as mis au monde. Mais le monde était trop occupé à se maquiller.

- NON !

- Je suis ton cadavre. Tu es mon cercueil. Ou vice-versa.

- Alors, tout ceci est ma création… mais… pourquoi suis-je ici ?

- En effet, ceci est le monde que tu portes. Le trou noir où s’évapore toute ton énergie. Et la seule chose que tu doives faire est de mettre fin à mon agonie.

- Je me sens si faible. Tout est montagne à gravir.

- Les plus belles sources sont au faîte des montagnes.

- Je ne sais plus comment faire… Je n’ai plus la force de retourner en pleine lumière.

- Tu l’as toujours eu.

- …

- Tu préfères rester là avec moi ?

- …

- Inerte, à regarder le temps s’en aller.

- Tout est si familier, si paisible…

- Si paisiblement mort, tu veux dire. Regarde-moi ou plutôt regarde-toi. Nous sommes cette MORT. Crois-tu vraiment qu’ici je ne souffre pas ?

- …

- Crois-tu que la solitude soit bonne compagne quand elle est imposée et non choisi ?

- …

- Tu aimes les ténèbres car elles t’ont permise de survivre. Pourtant le néant nous rattrape…

- L’innocence perdue l’est à jamais et ma vision du monde est si faussée. Comment re-vivre après tout ce qui s’est passé… je me sens si sale, si transparente… si… si… seule. Tout est si irrémédiablement laid…

- Non… non ! Tout n’est pas si laid. L’innocence n’est pas une chose que l’on possède, l’Innocence est un état d’esprit… ouvre ton cœur, libère ton âme et enfin tu verras. Car l’Innocence c’est regarder toute chose avec un œil neuf.

- Je ne vois qu’obscurité…

- Souviens toi de ce vieux dicton : « L’on ne peut éteindre l’obscurité, mais l’on peut allumer la lumière. »

- Je crois avoir toujours su ce que j’avais à faire ?

- Alors, n’hésite pas cette rencontre est ta dernière chance. Tu dois me lâcher la main !

- Mais...  J’ai si peur !

- La peur n’est autre que la mort de la Vie.  L’inconnu t’angoisse. Mais il rend vivant !

 

Nous avons parlé de longues heures et pour la première fois de ma vie je mis des mots sur le silence. Sur l’enfance figée qui pourrissait en moi.

Il me conta comment cet univers empirique avait pris possession de lui et combien il se haït pour tant de soumission. La Mort, qui mille fois le courtisa et tout autant de fois le repoussa… lui refusait ses grâces.

Cependant, elle accepta son âme, l’emporta au loin. Depuis, elle trônait dans la collection de la Dame Noire (comme il aimait à la nommer). Sur les étagères poussiéreuses de l’ennui. C’est ainsi que le sommeil l’asphyxia. Je le pris dans mes bras et nous pleurâmes tout ce que nous avions perdu. Nous faisions notre deuil d’une enfance, d’une âme, d’un cœur, d’un corps sacrifiée au profit du paraître.

 

Soudain, j’aperçus au bout d’une branche un objet, qui il me semble, n’était pas là un peu plus tôt… un ciseau qui étincelait.

Je le regardai sans un mot (il avait suivi mon regard).

 

Toujours sans mot dire :

- Souviens-toi ! Je suis ton anneau, tu es mon porteur.

- C’est si dur d’avancer…

- Oui, ça l’est.  Mais toi seule peux me quitter… tu as le choix vivre ou t’abîmer avec moi.

- Que faire et comment vivre sans toi ?

- Tu ne vis pas avec moi, tu meurs avec moi. Tu le sais.  Est-ce là ce que tu veux ?

- …

 

Je décrochai l’objet.

En revenant à ses yeux, je compris que lui aussi était terrifié.

Il les ferma…

 

D’un coup net… je tranchai sa longue chevelure hivernale.

 

 

 

 

Au silence des fées

     
 
 
Au silence des fées

Puisque vous m’avez faite
Putain et bonne à rien
Tel un jour sans fenêtre
Au reflet du Vaurien

Puisque j’ai la défaite
De n’être à votre goût
Que les repas de fête
Sont hors-d’œuvre d’égout

Puisque dans l’Antre Dragon
Mon vieux cœur s’ensommeille
Que sa peur du second
Est ma stèle vermeille

Puisque mon corps remue
Au rythme d’un couteau
Que la plaie en moi mue
L’absence en lourd manteau

Puisque le vide est là
Au creuset de mes mains
Je n’aurai d’autre choix
Bannir vos lents « Demain ! »

Puisque le mal est fait
Je vous survivrai… Mère
Au silence des fées
Mon berceau vous enterre

 

 

Mutisme (le corps des faits)

 
 
 
Mutisme (Le corps des faits)

Lourd

Mon corps est lourd
Il a oublié
Il s’est effacé

Faignant le trépas
Au regard d’un lit
Dans de beaux draps de lin...
Seul
Papier-émeri

A l’envers

Pendu

Mon cœur s’est pendu
Il n’a pas su
Il n’a pas vu

N’a pas voulu

Ce vide en absence
En dessous de verre
La pierre… à perte de vue
Ce goût amer… la terre

L’antre où il se taire

Liées

Mes mains sont liées
Elles ont fleuri
Elles ont fané

Au secret d’un jardin

Mouvoir l’infertile
Les ailes orphelines
D’un corps défait

Perdue

Une petite fille s’est perdue
Ce matin là… c’était l’été

Éperdue
Elle se balance
Intérieur
Sur l’arrête des mots

Fendue

Sa bouche s’est fendue
D’un palais de glace
Un cloue sur le bec
Édicte sa loi… Réticence

Suspendue

Elle est suspendue
A l’orée du monde
Pendue à vos fils

A vos mots décousus
 
 
 

Je ne t'aime pas

 
 
 
Je ne t’aime pas

Non ! Je ne t’aime pas…

Souviens-toi…
J’ai aimé mon père
Un vampire en mon cimetière

Penses-y…
J’ai aimé ma mère
La Clouée, mon fade Cerbère

Non ! Je ne t’aime pas…

Nul concept poussiéreux
Nulle corde au coût vertigineux

Vois l’issue…
Je n’ai plus de père
Me reste un vestige, une poussière

Vois mon mal…
Je n’ai plus de mère
Restent les plaies, la meurtrière

Non ! Je ne t’aime pas…

Nul concept poussiéreux
Nulle corde au coût vertigineux

Penses-y…
En un mot un nom
L’on crée l’oiseau et la volière

Souviens-toi…
En mes maux mon nom
Le Sceau de la Mort est lumière

Non ! Je ne t’aime pas…

Nul concept poussiéreux
Nulle corde au coût vertigineux

Vois plus loin…
Au-dedans, l’émotion m’est fleur
Nul vocable ne peut l’éclore

Chut regarde…
J’ai ouvert la cage aux « Je t’aime »
Délivrant les nénies de leur anathème

Non ! Je ne t’aime pas…

Nul concept poussiéreux
Nulle corde au coût vertigineux

Chut... écoutons…
Et Léguons au silence l’égard
De nous (dé)couvrir sans fard
 
 
 
 

Fracturer le temps

 
 
 
   
Fracturer le temps

Je décrois mais…
Vous croire
Vous rêver encore…
Différemment

Autrement

Fracturer le temps
L’organique
Saigner l’effraction
L’immuable
Suggérer l’évasion
Une trêve

Faire que l’Éteint scelle
Mon précieux compte de fait

Alors je volerai…

Je veux des ailes
Entières
Des ailes de phoenix
Une lézarde magique
Une frontière sur l’autre monde

Sur Le monde

Je suis la toile de vos silences
Le peintre de vos non-dits
J’esquisse mon cœur… là
A la pointe de vos orteils
Et je me cogne
Et je m’attache
A vos semelles méprisantes
Et je vous déteste…
De m’aimer

Mais… puisque le conte est fait
Puisque l’on meurt d’amour
Je forgerai ma fraction
Un zeste de sublime

Encore une éternité
Avant que…
J’éviscère l’oriflamme

M’en voulez-vous…
De vous occire ?
M’en voulez-vous…
De n’être plus ?
Qu’un fétu de faille
Ou peut-être est-ce moi
Qui vous aime… de me détester

J’ai des souvenirs qui se percutent
A l’angle passif de vos vices
J’ai des souvenirs qui entaillent
Les secondes trop lisses
L’or ne peut-il être…
Qu’éphémère ?

Mes entrailles palpitent
En flashes brisés
Monochrome

Sans trêve je vous vire
Sans cesse je vous revis

Vous êtes mon abîme
Mon amarre
Le pic de mes sanglots
L’amarante mer
Le port et l’arrière-garde
Le vaisseau fantôme
Où je suffoque

Pourquoi ce ventre
Abysse sale
Pourquoi cette identité
Fragile osselet
Qui forge mon absence
Qui force mon errance
Je suis là sans l’être

Seul l’acte donne naissance

Je ne sais… que mourir
Je ne veux… que vivre
Mais je ne peux me défaire
De ce sang… là… partout…

Du miellat sur mon corps

Mon Innocente éperdue
Mon Esclave malfaisante
Je me lacère de ta folie
Meurtrière ou complice

Dans quelle contrée sauvage
S’égare le savoir…

Ô ma douce
Ma mélancolique fêlure
L’impur est nôtre écrin
Et nous stagnons…
Dans l’hémoglobine… aimée
Suppliciées de l’invisible

D’où l’heure en faction

Je vous vois mais…
La voir autrement
Me rêver encore…
Différente

Car l’autre ment !

Fracturer le temps
L’organique
Créer l’effraction
Que l’étincelle vacillante
Soit l’Impérieuse
En mon ambitieux …
En mon fêlé conte de fée

J’ai au fond du cœur
La certitude
D’un Jour Naissant…

Car je sais un rêve… une mort…
Un ailleurs… une faim…

Et je sais que…
Je meurs de cette faim

Alors…
Ce jour là

Je me tapirai sur vos tombes
Puis… me vomissant
Je bannirai vos ombres

       

Tranche ma peau

 
 
 
 
Tranche ma peau

Tranche ma peau d’ange
Soumis
Tes dix aiguilles fétides
Mes petites phalanges cinabre

Tranche ma peau
Le vif désarroi
Et l’enfant-roi
Dénaturé

Ma mort n’aura d’odeur
Si ce n’est le parfum du silence

Tranche ma peau
Paillasson de ta voracité
Gerbe en mes nuits
J’ai le cœur si haut

Tranche ma peau d’ange
Conquis
Tes corbeaux d’acier
Dilacèrent mon ciel
Le crime in elle
Harcèlent ma chair

L’amour m’est une larme
L’arme du Croque-mitaine

Tranche ma peau
De mes pieds croupis
A mon corps décharné
L’ichor de tes ancêtres
Me flagelle

Tranche… tranche
Fais-moi la peau
Tranche... tranche
Monstre de l’ombre

Ton spectre est ma morsure
Mon absence sera ta mort sûre

Tranche ma peau d’ange
Soumis
Tes dix aiguilles se fanent
Mes petites phalanges s’éveillent

Dis-moi… vois-tu l’interrupteur ?

 

 

L'offense

 

   

L’offense

 

Car l’offense qui t’est faite par le faux

Ne saurait être parfaite

Si au faîte de la Fête du Tout-puissant

Tu fâches la Bête

En lâchant la Faute.  

 

 

 

 

 

 



Noli-me-tangere

     
 
 Noli me tangere



Le jour se disloque

Pour un pas de trop



Une omerta... insectueuse

Une toute petite mort(e)

Son faciès en distorsion

Mes larmes de soufre



***



Par un beau jour d’été

L’hiver… L’amaurose



Dans le creux d’airain

Une douleur soyeuse

Dans l’ombre du soleil

Une tactile laideur



Confusion de l’être

La Mort en perfusion

Plus rien ne m’atteint

Mais toute chose me blesse



La maison se noie

L’irréel m’emporte

L’Infestueux amour

Idolâtre mon crâne



***



Quand la nuit élève

Son bastion de chair

Que le Colosse informe

Se délecte de mon âme



J’ai la peur au cœur…

Et le mâle au ventre 

 

Noli me tangere

 

 

  

Faussaire

 
 
 
Faussaire 

J’appréhende les matins éclatants qui sertissent les yeux de faux semblant.  

Au diable les « joyeux » mécontents. Je veux des matins sans décorum. Délivrant la mélancolie d’une profonde métamorphose. Des paupières rougissantes. Sans barreaux. 

Je veux des cieux empourprés de mon âme close.  

Elle se ferait oiseau. Libre et tonnante de mille mots endoloris. Sous la voûte, virevoltante, je jouerais Ma symphonie. Une suite d’accord morose que seuls les anges décrypteraient. J’enverrai valser les frontières aux regards foudroyants leurs rengaines, cette morne comptine… qui me lance… lance… lancinante :

« Mets ton masque petite fille
Ton visage frôle l’indécence
Mets ton masque petite fille
Ta tristesse frise l’impudence
»


Et la foudre à mes mains serait mon tisonnier.

De ces longs combats nocturnes, je veux orchestrer la parade immortelle. Encenser l’éther blêmissant de mes aubes insoumises. Parader l’effroi de trop longues nuits insomniaques. Et dans la violence du déluge m’atomiser. Incendier les péchés dissidents de mes pensées. Hurler la peine qui déchire les parois de ma cage. Mettre le feu au pantin du politiquement correct.

Je veux un ciel de tempête, heureux de vivre son mal de vivre. Je veux la liberté d’être libre. Libre d’être mourante. Mourante et affamée de vivre. Vivre la tourmente et passer mon chemin.

Mais toujours cette sentence comme un boomerang :

"Les poupées cassées jamais ne se réparent
Les âmes brisées jamais ne se dénudent"


J’appréhende les beaux jours lumineux où il faut faire semblant et jouer.
Jouer un rôle qui rassure les mal heureux.

Je veux des jours sans comédie enjouée.

 

Le mouvement de l'ombre

 
 
 
Le mouvement de l'ombre 


Dans le mouvement de l’ombre, où l’antique linceul s’est posé, des lambeaux de chair se tordent.   


La Lumière. 

Elle se fraye un chemin, enchaîne aux confins de l’invisible. De l’impalpable.
Elle est masque complaisant. Reine du mensonge, elle flatte le crime.
La monstruosité vit dans sa gloire.

J’ai longtemps cru que les monstres ne se dévoilaient qu'a la nuit tombée.
Ombres chinoises paradant sur les murs de la mort. Mais la lumière est maîtresse du mal. La complice idéal.

Alors… que faire quand l’horreur se pare du plus bel éclat.

D’offrande mielleuse en caresse épineuse, la belle outrageuse me fit la cour avec empressement.

Je pris sa gerbe de sang avarié.
Son bouquet d’ecchymoses sulfuriques.

J’empruntai le passage qu’elle ouvrait vers l’autre monde. Là où le silence hurle sa douleur.

C’est ainsi que je revêtis la solitude. Comme l’on revêt la camisole. De force.
De cette force supérieure qui vous défigure, vous éviscère et vous crashe contre des parois de barbelés.
De cette force délétère qu’est l’amour.

Voilà…j’ai décapité la lumière. J’ai pris son crâne, délicatement. Et dans un recoin de mon âme, je lui confectionnai un piédestal, bancal.
Et ma chute vers le ciel n’en fut que plus instable.

Car si la lumière me rêve.
L’ombre, à son insu, me vit.


Dans le mouvement de l’ombre, où geignent les cris de l’Innocence, des lambeaux d’âme s’entre-dévorent.
 
 
 

Rendez-moi...

Rendez-moi…

 

La mort ! Tel était votre souhait

 

Et l’au-delà a pris son âme

Et mon âme s’est éprise de son au-delà

 

Blanche gamine faite d’ombre

 

L’amour lui est un dégoût

Dont le mal ceint mon corps

Désormais elle s’écrie

A la pointe de mon cœur

 

Des jours et des jours…

 

Des jours en manque de jour

Des jours au réveil criard

Des jours labyrinthiques

 

Des jours et des jours… Morts !

 

Où êtes vous… Où êtes vous…

L’immense cité me broie

 

Ô source… Ô créateur…

Vous qui êtes odieux

Délivrez-moi… Délivrez-moi…

Mon souffle n’a plus de cœur

 

Je vous gomme de ma penne

 

Mais…

 

Dans l’inaccessible crypte du silence

J’entends la Vie qui marche sur ma tombe

 

Je viens vers vous genoux affaiblis

(L’espoir au fond d’une poche trouée)

Et j’implore la fin de votre non-recevoir

 

Ô source… Ô créateur

Vous qui êtes odieux

Rendez-moi… Rendez-moi…

Les battements de mon cœur

 

 

 


Line

 
 
 
Line...

Line née d’une union malheureuse…

Line aux sens meurtris se démène
L’aiguillon du mal broie l’hymen
L’époux vante son vénéneux allant
(Mais… aux menées soyons vigilant !)

Line accès cible phénomène
Au bois le mâle veillant y mène

Line ondée de mélancolie s’égoutte
Anhydre coeur que l’utopie envoûte 
L’amour se came isole hurle ment
(Croire Hérésie n’est que pare à vent !)

Line accomplie châtiment…

Line au sang froid prend la pose
D’un soleil bleuissant d’ecchymoses
Elle s’invisible sous un éclat de granit
S’éprend de la grisaille qui gravite

Line nommée « Catin » par Jalousie
Pris un fusil et plongea en amnésie

Line occupée par son deuil se bat taille
D’immortels oripeaux de faille
Line assouvie peau-fine vengeance
Et de son bastion taraude son engeance

Line née d’une union mal heureuse…
 
 
 
 

Dans la fleur de l'âme

 

 

Dans la fleur de l’âme

 
J’ai la mort des corps fauchés dans la fleur de l’âme
La tristesse des cœurs qui dans l’oubli se pâment 
L’aisance du défunt dénué d’ossature
J’ai deux tombeaux ouverts qui violent le futur  
 
Sous l’Arbre aux Silence gisent les bruits d’antan
Un trépas de feuilles et la nervure du temps 
Un sarcophage cendreux de sève et d’écorce
Sous le lit automnal le mal bombe le torse
 
J’ai en revers de peau le sceau du Soleil Noir
Des mots sans voies qui errent en mon vieux Manoir
L’ombre d’un non-être dont l’éclat se gondole
J’ai à l’envers du Je un Moi qui dégringole  

 

 

Eux...

 

 

Eux…
 
Ne voir qu’Eux…
 
 Au faîte, l’abstrait, tout puissant.
Le déluge au corps, oppressant.
Il y a ce cœur en déveine,
L’acide bleuit de mes veines.
Leur beau carcan d’acier poli,
Le temps peinant s’ancre en folie.